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En 1984, un séminaire initié par une éthiopienne vivant à Genève, Madame Berhane Ras Work avait réuni à Dakar (Sénégal) les représentantes de 22 pays d’Afrique pour réfléchir sur les pratiques traditionnelles ayant effet sur la santé des femmes et des enfants en Afrique, telles que les Mutilations Génitales Féminines, les tabous nutritionnels et le gavage. Au terme de cette rencontre, fut créé le Comité Inter-Africain (CI-AF) de lutte contre les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants, surtout, les fillettes. Son mandat était de lutter contre ces pratiques traditionnelles néfastes (PTN) et, de promouvoir les pratiques traditionnelles africaines positives (allaitement maternel, massage du corps de la mère et du bébé, etc.). Au début du mois de décembre 2003, un Forum de sensibilisation aux mutilations génitales féminines est organisé. Parmi les experts invités, figuraient la Rapporteure spéciale des Nations-Unies sur les pratiques traditionnelles néfastes (PTN) à la santé des femmes et des fillettes. C’est dire que les Nations-Unies ont pris conscience de l’ampleur des désastres de ces PTN. Chacune d’elle est plus horrible que l’autre. Les souffrances qu’occasionne le gavage sont atroces et affectent à vie physiquement et mentalement les fillettes et les femmes qu’elles deviennent plus tard. Le gavage met en danger la vie des fillettes, car, elles peuvent mourir sur le coup sous le choc et/ou la douleur ou alors précocement (20 à 30 ans). Quelques études et surtout, l’observation empirique ont montré que les grossesses de ces femmes gavées et obèses sont à risque. Elles meurent souvent en donnant la vie. La prévalence des mutilations génitales féminines (MGF) est encore plus importante et leurs conséquences également sont désastreuses. En 1994, au Colloque de la Fédération des gynécologues et obstétriciens ( FIGO), le Dr Nahid Toubia (1994) a signalé que chaque année, au moins deux millions de filles dans le monde sont victimes des mutilations génitales féminines (MGF), soit 6 000 par jour : 5 par minute. Le FIGO tirait alors la sonnette d’alarme, avertissant le monde que de 84 à 114 millions de femmes souffraient de problèmes de santé liées aux mutilations génitales féminines (Toubia, 1994). Elles se pratiquent dans 27 pays d’Afrique allant d’Est en Ouest, mais aussi dans certaines parties du Moyen Orient et de l’Asie du Sud et de l’Est, soit au total, dans 40 pays au monde selon Dr. Nafis Sadik, alors Directrice du Fonds des Nations Unies en matière de population ( FNUAP). Les MGF sont connues sous trois formes. D’abord, l’incision ou la "sunna", qui, semble t-il laisserait intacte les organes génitaux féminins. Les deux autres formes sont l’excision et l’infibulation. L’excision constitue environ 85% des mutilations génitales féminines tandis que l’infibulation en représente 15% (Toubia, 1994). Au regard de ses conséquences sur la santé physique et mentale des femmes, les MGF constituent l’une des formes extrêmes de la violence faite aux femmes. Ses effets multiples peuvent être immédiats, à court ou à long terme. Sur le plan psychologique, l’état de choc de la fillette, dû au saignement mais aussi à la douleur aigüe et à la peur, peut être durable et entraîner plus tard chez la fillette des troubles de comportement qui vont d’un manque de confiance à l’égard des êtres aimés, à des névroses, voire des psychoses (Organisation mondiale de santé - OMS 1994). Certaines complications physiques (hémorragies, infections, tétanos, décès...) peuvent survenir immédiatement après l’opération. La lésion des organes voisins est aussi fréquente. Ces diverses complications peuvent conduire à l’incontinence et à la stérilité de la femme et la placer dans une situation sociale critique (OMS 1994). Les familles justifient ces pratiques atroces par la nécessité de trouver un mari à la fillette. Il s’agit en effet de les transformer selon le désir des hommes. Pour ce, couper leurs organes de jouissance pour atténuer leur appétit sexuel ou la gaver pour en faire un "matelas moelleux" pour le futur mari. Les pincements qui accompagnent le gavage participent à un processus de torture qui doit conduire ces fillettes à devenir des femmes écrasées, et donc, soumises. Les MGF et le gavage sont une partie intégrante du système patriarcal à travers lequel, dans un rapport de pouvoir, les hommes s’approprient et contrôlent les femmes. Elles sont la forme la plus achevée de la gestion de la sexualité des femmes par les hommes. Engagées, les femmes africaines éduquées se battent depuis deux décennies (1984 - 2004) pour mettre fin à toutes les formes des PTN . Souvent, elles ont peu de moyens et ne percent pas le mur de l’indifférence des dirigeants, de la communauté internationale et des citoyens des pays du Nord. Faisant partie des violences faites aux femmes, de la violation des droits des enfants (ici les fillettes) et de celle de l’intégrité du corps des femmes, la lutte contre ces pratiques traditionnelles néfastes devraient pourtant être soutenues par tous les militant-e-s des droits de la personne.
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